Destination Finale : la mort lui va si bien

Foudroyé par un tir de pistolet à clous ? Écrasé dans une benne à ordures ? Découpé en morceaux ? De retour en 2025 après 14 ans d’absence, la saga Destination Finale s’est construite autour de mises en scènes de morts totalement décomplexées, plus pop et sympathiques que réellement traumatisantes. Thomas Révay disserte de la meilleure façon de rire avec la mort au cinéma.

Aimer le cinéma de genre revient à cultiver une curiosité des sujets controversés et tabous. Ce cinéma dit d’exploitation, et plus spécifiquement le cinéma d’horreur, s’est construit autour de son rapport à la peur. Peur de se faire agresser, tuer. Le cinéma d’horreur est, entre autres choses, le cinéma de la peur de la mort ainsi que de la mise en scène de cette dernière. Comment montrer la mort ? Quoi filmer et quoi invisibiliser ? Une esthétique qui dépend du budget mais aussi des cinéastes. Qui peut montrer, peut aussi suggérer. La scène de la piscine dans l’excellent La féline (1942) de Jacques Tourneur, en est l’exemple parfait. Le cinéma ne compte plus ses cadavres tués hors champs ou ceux que l’on découvre ensuite, passés les massacres, quand ils sont déjà froids. Au contraire de ces démarches, la saga Destination Finale, commencée en 2000 et toujours active aujourd’hui, s’est construite autour de mises en scènes de morts assumées et décomplexées. Apprécier un Destination Finale, c’est jouer le jeu du plein cadre, de l’insert gore, de la mort exagérée à son plus haut potentiel. À la question « comment montrer la mort ? » Destination Finale pourrait répondre : « comment mieux montrer la mort ? » ou encore : « comment en montrer plus ? » Mais surtout, la saga a l’excellente idée d’incarner la mort, non pas à travers un personnage ou un monstre comme le cinéma en a l’habitude, mais en utilisant une légère brise de vent, annonciatrice des horreurs à venir. Une symbolique communément et populairement associée à la faucheuse qui crée une ironie dramatique avec les spectateurs. Un effet de mise en place qui les rend actifs, parce qu’ils deviennent conscients de ce qui va suivre. Autrement dit, dès qu’une brise déplace un élément de décors, le spectateur comprend que la mort va frapper. En ce sens, il n’est plus un simple témoin. Sa clairvoyance de la suite excite sa pulsion scopique, son plaisir à voir de l’horreur et c’est là tout l’intérêt de la saga. Le spectateur est flatté dans son côté voyeur, il devient complice de la mort et s’amuse avec elle à rire des accidents les plus catastrophiques, inattendus et originaux. Il se met à fantasmer les « comment » : avec un pistolet à clous ? Écrasé dans une benne à ordures ? Découpé en morceaux ? À la différence du torture porn, ce sous-genre horrifique qui consiste à montrer avec le plus de réalisme et de complaisance possible, des scènes atrocement violentes et malsaines, la saga Destination Finale n’est jamais, ni premier degré, ni trop réaliste non plus. Elle joue avec finesse sur ses scènes gores, ne les rendant ni choquantes, ni traumatisantes, mais toujours sympathiques, amusantes voire pop.

Destination Finale Bloodlines © Warner Bros

Mange tes morts

D’un film à l’autre, les scénarios se ressemblent et l’originalité ne vient jamais de l’histoire mais des univers dans lesquels elle se déroule : une fête foraine, le milieu des NASCAR – ces courses automobiles américaines particulièrement réputées dans le Sud des États-Unis -, les années 1960… Chaque film débute avec une scène de massacre aux dimensions importantes qui donne le ton sur l’univers du film en question. Le premier Destination Finale (2000) s’ouvre sur un crash d’avion, le deuxième (2003), un accident de la route, etc… Mention spéciale aux quatrième et sixième opus, de loin les meilleurs, qui proposent des ouvertures riches, très originales et généreuses en bodycount, c’est-à-dire en nombre de victimes. Bien que certains films soient trop bavards, la franchise se perd réellement dans son cinquième opus (2011) quand elle fait, le temps d’une scène (trop longue), de l’un de ses personnages le tueur. Retombant ainsi dans un cinéma d’horreur plus classique où le tueur est incarné par un acteur et rendant de fait caduc l’intérêt premier de la franchise. Un cinquième film qui mettra en arrêt les Destination Finale quatorze ans, avant la sortie du sixième film, Destination finale : Bloodlines (2025). Merveilleux retour aux sources, ce dernier prolonge la nostalgie des précédents sans rien modifier du concept originel : montrer la mort… et rire avec elle.