COLLECTION CHRISTOPHEL / NZ ¬© 20th Century Fox PREDATOR (PREDATOR) de John McTiernan 1987 USA avec Arnold Schwarzenegger maquillage de camouflage, fusil d’assaut, M-16, lance-grenades, mitraillette, militaire, fumer un cigare, d≈Ωtente, jungle pr≈Ωquelle

Predator : petit éloge de la chasse

Alors que deux nouveaux films de la franchise (Predator : Badlands et Predator: Killer of Killers) ont paru cette année, Thomas Révay partage, film par film, quelques réflexions sur la saga culte née en 1987, aussi inégale qu’importante et sauvagement cinématographique

COLLECTION CHRISTOPHEL / NZ © 20th Century Fox
PREDATOR (PREDATOR) de John McTiernan 1987 USA

Depuis 1987, Hollywood compte dans son bestiaire l’une des créatures les plus intéressantes du cinématographe. Pourtant, l’absence de régularité de la franchise Predator semble avoir restreint ses capacités à pleinement s’exprimer. Passé l’excellent premier opus réalisé par John McTiernan en 1987 et le très sympathique deuxième film de Stephen Hopkins de 1990, il faut attendre vingt ans pour voir sortir Predators (2010) de Nimród Antal. Un non-sens total quand on sait la richesse de l’univers autour de la franchise. Dans ces trois premiers films, le rapport entre extra-terrestre et humain est traité au premier degré. Le Predator chasse l’homme qui tente de survivre. Une simplicité scénaristique qui laisse de la place à la mise en scène. Avec son Predator, McTiernan se rapproche du cinéma de l’épure. Il raconte une histoire au sens cinématographique premier du terme. Autrement dit, la narration passe par les mouvements de caméra, les cadres, plutôt que par les dialogues. Une mise en scène qui fonctionne justement parce que le scénario est à l’os. L’univers et les personnages suffisent à créer un imaginaire puissant.

L’intelligence du second film, est d’aller chercher un acteur principal en opposition totale à Arnold Schwarzenegger, tant dans sa carnation que dans son physique, et bien sûr de centrer son histoire dans une jungle urbaine, celle de Los Angeles, plutôt que dans une jungle d’Amérique Centrale. Chacun de ces trois films, sont construits autour d’un fétichisme des armes, associé à un retour à une nature primaire indomptée (aux premiers hommes), ainsi qu’au mythe du chasseur et du chassé. L’univers contrebalance des scénarios quasi-absents et c’est là toute la force des films de la saga. Pourtant, dès le second opus, l’industrie grince. Le film d’Hopkins, dont les résultats au box office n’ont rien d’embarrassant, ne suffisent pas à Hollywood. L’écart est trop important avec celui de McTiernan et la franchise est gelée. Avec les années, le Predator gagne en popularité et les spectateurs poussent pour un crossover avec la franchise Alien. Ce sera chose faite en 2004 quand sort Alien vs. Predator de Paul W.S Anderson. Le film est un succès colossal et donne naissance à une suite, Alien vs Predator: Requiem (2007), dont les mauvaises critiques et les entrées décevantes concluront cette nouvelle aventure. Mais, malgré l’insuccès de ce deuxième Alien vs Predator, la créature extra-terrestre a considérablement gagné en popularité.

ALIENS VS PREDATOR II REQUIEM 2008 USA FOX AVEC DAVID HORNSBY JOHN ORTIZ

Assez pour présenter à nouveau aux studios le scénario de Predators sur lequel Rodriguez travaille depuis vingt ans et qui a déjà été refusé, voilà quelques années, en raison de son budget trop important. Ce retour en grâce de la créature finit par convaincre les décideurs et les financiers du potentiel marché resté inexploité depuis le début des années 1990. La mise en production de Predators est validée et Nimród Antal attaché à la mise en scène. Peu de surprise malgré une excellente ouverture mais le plaisir d’une atmosphère retrouvée, d’une nostalgie diffuse qui renvoie au cœur de la franchise. Mais, comme pour Predator 2, le succès du box office ne convient pas au Studio et il faut attendre huit années avant la mise en production de The Predator (2018).

Les commandes du nouveau film sont confiées à Shane Black, le génial scénariste de L’arme fatale (1987) ou Last Action Hero (1993), qui partage avec le Predator une longue paternité. Leur rencontre remonte au premier film de 1987 dans lequel Black joue Hawkins, la toute première victime du Predator. En plus de sa partition d’acteur, il est aussi script doctor sur le projet et aurait reçu la demande de superviser le travail de McTiernan, alors jeune cinéaste, et d’intervenir s’il venait à perdre le contrôle de son plateau. Difficile donc de refuser à Black la possibilité de s’exprimer sur cet univers qu’il accompagne depuis ses origines. Une paternité qui n’empêche pas le Studio et Black d’entrer rapidement en conflit. Le budget très important de The Predator plonge les décisionnaires dans le doute et leur incapacité à prendre des décisions fortes abîme le film. The Predator mélange les intrigues, les personnages et les arc narratifs au dépend de la chasse. Au contraire des précédents, il se perd dans plusieurs directions. Un bon film Predator doit se passer de trames narratives complexes et devenir instinctif. L’action gratuite n’est jamais problématique ici, tant qu’elle transmet cette urgence de la traque. Un rapport visuel sensitif constitutif du premier film et qui fonctionne déjà en 1987. Une essence qui manque cruellement au film de Black et qui peut expliquer le box office catastrophique.

Le concept de Prey (2022), réalisé par Dan Trachtenberg, tient en trois mots : Predator vs amérindiens. Un renvoie évident et décomplexé aux sources. Un film qui, au contraire du Black et dans la lignée du McTiernan, ne sera rien d’autre qu’un duel imaginé au temps du Nouveau Monde. Le succès critique et populaire est unanime et Dan Trachtenberg devient le porte-voix de la franchise. À peine trois ans plus tard, il pousse plus loin sa mythologie en faisant se confronter le Predator à trois guerriers venus d’époques différentes : le temps des vikings, le Japon médiéval et la Seconde Guerre mondiale. Cette fois-ci, Predator: Killer of Killers (2025) est entièrement tourné en animation. Peu lisible dans un premier temps, le film rehausse considérablement son niveau dans les troisièmes et quatrièmes parties, en retrouvant les combats aériens et l’animalité caractéristique de la saga.

À peine Predator: Killer of Killers (2025) distribué, Dan Trachtenberg, réalise Predator: Badlands (2025) offrant, après tant d’années d’indécisions, une régularité qui pourrait s’annoncer salvatrice pour la franchise. Predator: Badlands est un film réjouissant. Sa biosphère et son bestiaire renvoient à Avatar dans leurs richesses et la manière dont ils interagissent avec les personnages. La nature est indomptée et dangereuse. Predator: Badlands se caractérise aussi par son absence d’humain, une idée qui permet d’angler l’action depuis le point de vue du Predator, faisant de lui le personnage principal et donc enfin, le chassé. Son apparente invincibilité se confronte à cette nature agressive, dangereuse sur laquelle il n’a aucun contrôle, à l’exact opposé de la jungle du premier film avec laquelle il semblait en osmose. Une inversion des rôles intéressante et réussie, que soutient une bande son et des effets visuels excellents.

Trois films qui amorcent un retour en grâce bienvenue sur lequel, espérons-le, Hollywood saura capitaliser intelligemment.

PREDATOR: BADLANDS 2025 de Dan Trachtenberg Dimitrius Schuster-Koloamatangi. COLLECTION CHRISTOPHEL © Walt Disney – 20th Century Studios science fiction; sci-fi; saga; horreur; horror