La Vie, en gros de Kristina Dufková

Par Faustine Saint-Geniès.

Les clichés sur les gros ont la vie dure, et le cinéma – hélas – n’échappe pas à cette règle. Gros paresseux, gros qui s’empiffre, gros dégoûtant… Qui dit « gros », dit souvent image caricaturale et grossière – sans mauvais jeu de mots ! Le personnage en surpoids est d’ailleurs rarement le héros. Non, il est encore fréquemment cantonné à des seconds rôles. Heureusement, il y a des exceptions. En témoigne La Vie, en gros de Kristina Dufková, primé au festival d’animation d’Annecy en 2024. Le récit initiatique d’un adolescent en surpoids et en quête d’acceptation de soi. Ben, 12 ans, est un garçon plein de vie et surtout très drôle. Ses deux passions : la musique – il a d’ailleurs fondé son groupe de rock avec ses amis – et la cuisine. À la rentrée scolaire, il ne reconnaît plus certains de ses camarades. Beaucoup ont grandi, les filles sont devenues plus jolies. En particulier Claire. Lui est resté gros. Le verdict tombe lors de sa visite médicale auprès de l’infirmière du collège : obésité de catégorie 2. Un diagnostic sans appel. Et des termes médicaux froids et brutaux pour décrire ce qui jusque-là était synonyme de gourmandise et d’une certaine joie de vivre. Ben est assailli de doutes : Comment plaire à Claire alors qu’il est en surpoids ? Comment se défendre face aux moqueries et au harcèlement qu’il subit ? Et surtout, comment faire un régime quand on vient d’une famille où l’affection et l’amour passent par la nourriture ? Les bonnes résolutions peuvent être difficiles à tenir. Ben va l’apprendre, parfois à ses dépens, souvent avec humour. Et sans se laisser marcher sur les pieds.

Un « teen movie » en « stop-motion »

La Vie, en gros est l’adaptation du roman à succès de Mikaël Ollivier, publié en 2001. En le lisant avec sa fille, la réalisatrice Kristina Dufková a eu un déclic : voilà le sujet de son premier long-métrage d’animation. « Adapter son livre en film a été pour moi une évidence, jimaginais déjà un monde qui prenait vie grâce aux marionnettes, détaille-t-elle. Il y a peu de films pour cette tranche d’âge, le début de ladolescence, qui soient à la fois drôles, touchants et délivrent un message despoir» L’intrigue reprend de nombreux codes du teen movie classique, mais version stop-motion. Les marionnettes se prêtent très bien à cet humour décalé et à cet univers insolite, rappelant les films d’Adam Elliot (Mémoires dun escargot) ou de Henry Selick. Mention spéciale au character design qui retranscrit avec justesse les changements physiques désordonnés qui apparaissent lors de la puberté ou les traits de caractère des adultes. À noter aussi cette prise de risque réussie : allier le stop-motion pour décrire la réalité et l’animation en 2D pour les pensées, les rêves et les cauchemars du héros. Comme ce mariage avec une composition façon Arcimboldo faite de junk food et autres donuts et frites ou encore cette scène où Ben enfle jusqu’à devenir une bouée de piscine sous les rires de ses harceleurs. « Au moment où Ben tombe en dépression, les deux mondes, en stop-motion et 2D, se relient, et Ben finit par ne plus distinguer la réalité de la fiction », souligne la réalisatrice. Nul doute que le film donnera envie de (re) découvrir le livre autobiographique de Mikaël Ollivier, réédité pour l’occasion.

La Vie, en gros en salles le 12 février.