VAMPIRE HUMANISTE CHERCHE SUICIDAIRE CONSENTANT de Ariane Louis-Seize

Ariane Louis-Seize est mordue de films de vampires. Résultat : un teen-movie augmenté, bien léché, graphique, drôle et malin qui se sirote comme une poche de sang bien frais.

Le pitch tient dans le titre. Sasha (Sara Montpetit), ado, refuse de manger un être vivant. Jusque-là, rien d’extraordinaire. Mais voilà, la Sasha en question est une vampire devant impérativement boire du sang pour survivre. Alors, plutôt que de tuer un humain, elle préfère rester chez ses parents en étant logée, nourrie, blanchie. Et qui trinque finalement ? La mère. Epuisée de subvenir seule aux besoins de sa famille, elle prend une décision drastique : sa fille logera chez sa cousine Denise, une psychopathe de très méchante humeur qui lui apprendra à chasser. Au pied du mur, Sascha rencontre alors Paul, ado harcelé et solitaire, qui vit, comme elle, sa vie en parallèle du commun des (im)mortels et souhaite en finir. Vampire humaniste cherche suicidaire consentant, voilà, on y est. Et it’s a match ! Le temps d’une nuit, ils ne se quitteront plus et réaliseront ensemble les dernières volontés de Paul.

Teen spirit
Des ados boudeurs qui s’acoquinent avec des vampires « végétariens », on a déjà entendu ça quelque part. Au visionnage, on se rend compte que les références se situent plutôt du côté des A Girl Walks Home Alone at Night, Only Lovers Left Alive ou Morse, que des grosses productions mormones. Les héros d’Ariane Louis-Seize dégagent, comme chez ses modèles, un romantisme macabre et cultivent une sorte de marginalité décorative, un dandysme cafardeux. Mais la cinéaste québécoise se détache de ses maîtres et perce la bulle arty avant qu’elle ne se boursoufle en s’amusant à faire évoluer toute une galerie de personnages secondaires bidonnants, jouant sur le décalage d’une bande de vampire sanguinaires menant une vie domestique banale, ni vu ni connu. Ici, quand on invite un clown à un anniversaire d’enfant, on compte plus d’adultes que de bambins, on reste de marbre face à l’exubérance forcée du saltimbanque pour finir par le confondre avec le gâteau. Ici, on peut aussi terminer un rencard prometteur, tête en bas, sur un croc de boucher. L’humour est noir, donc. Ce ton, toujours pince-sans-rire, résulte d’un savant mélange de cocasserie dépressive, d’absurde, de mélancolie, frôlant la satire sociale sans jamais mettre les pieds dedans ; ce spleen blagueur provoquant simultanément rire et serrement de gorge rappelle celui de son compatriote et homologue Stéphane Lafleur qui, les coïncidences n’existent pas, s’occupe du montage.
Film de vampire, comédie, récit d’apprentissage et teen movie ambitieux façon Lady Bird, Ariane Louis-Seize dilue les codes de genre tout en se les appropriant avec agilité. Pas flemmard, le film soigne ses nombreux décors (47 lieux de tournage !), ses jeux de lumière nocturnes et surtout son sujet. La figure du vampire n’est plus un gimmick, plutôt un réjouissant terrain de jeu. Grâce à leur interminable espérance de vie, le film s’amuse à associer rétro et moderne, ordinaire et extraordinaire, cumulant les bonnes idées à tous les étages. Il semble bien que sa réalisatrice ait rempli ses objectifs confiés à son ancienne école de cinéma : « L’idée, c’était que les gens sortent de la salle avec un sourire. » Tant qu’ils ne font que montrer les dents.


Chronique à retrouver dans Sofilm n°102, en kiosque jeudi !